Le Sabord No 131 : Vivariums (Automne2025)
Le Sabord No 131 : Vivariums (Automne2025)
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Entre les transparences aux reflets hyalins, la vie éclot, croît, grouille et se laisse observer. Tantôt de chair, tantôt de vent, ce qui enclot à la fois cultive, protège et étouffe. Le vivarium est l’enceinte dans laquelle on veut surveiller, faire vivre, profiter. Il faut beaucoup de sensibilité, de présence et de patience pour écouter ce qui pousse – vers le haut, vers le bas, et aussi de travers.
À la fois observatrice soucieuse et petit insecte au cœur des cotylédons, la création nécessite un environnement spécifique pour s’élaborer, déborder, se rendre jusqu’à autrui. Ne s’apparente-t-elle pas parfois elle-même au vivarium, cet artifice qui imite la nature tout en la limitant, cette frontière qui empêche les corps, mais excite l’imagination ?
Ventre rond, voilier en mer, jardin clos abritant des occupant·e·s à longues pattes, nouveau-né sans cesse menacé, souvenirs omniprésents, bagage de goéland, les manifestations du vivant incubé, transporté, chéri et souvent étouffé sont constitutives du quotidien. Si le vivarium est le terreau permettant à l’amour de l’autre (Hasnaa Zebeir, Nadeau, St-Amand, Desmeules) et de soi (Lamarche, Lamanque) de prendre racine et fleurir, il est aussi la trace de dominations sociales et économiques (Bissonnette, Moreau). Or le plus souvent, il est une invitation à développer l’acuité, la considération (Boudreau, Lévesque) de ce qui croît, ce qui tente d’exister sous nos yeux, voire malgré nos yeux.
Les œuvres visuelles rassemblées explorent quant à elles le dispositif du vivarium et en observent les dynamiques du regard, entre transparence et opacité. Elles en actualisent la forme pour contempler la vie du compost (Racine), réfléchir à l’habitabilité de l’image (Bauer) ou décortiquer la vie de la création (Martineau). Elles métamorphosent l’architecture de verre du vivarium en un corps de chair et de souffle (D. Gagné) ou en un vertigineux kaléidoscope de projections vidéo qui, à l’inverse, camoufle les corps (Acosta et Tavera).
Enfermement et permission, aliénation et potentialité, le vivarium nous interpelle bien au-delà de ses parois – et de ces pages. Pour le saisir, ou du moins l’appréhender, tendons l’oreille et ouvrons l’œil. Qui sait si l’on n’est pas regardé·e en retour ?
Auteur·rice·s :
James Bissonnette
,
Geneviève Boudreau
,
Maxime Desmeules
,
Maya Hasnaa Zebeir
,
Jennie Lamanque
,
Sarah Lamarche
,
Aimée Lévesque
,
Annabelle Moreau
,
Maude Nadeau
,
Karolann St-Amand
Artistes :
Laura Acosta et Santiago Tav
era
,
Lorna Bauer
,
Rosalie D. Gagné
,
Luanne Martineau
,
Antoine Racine
Ancrages :
Geneviève Thibault
Entretiens : Alexie Morin (Anne-Marie Duquette) et Maria Simmons (Noémie Fortin)
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